Mieux comprendre ce qui se passe lors d’un deuil pour trouver du soulagement
Dans cet article, je vous propose d’explorer le processus de deuil à travers les enseignements de Christophe Fauré, psychiatre et spécialiste de l’accompagnement de la fin de vie et du deuil. Nous définirons ce que signifie le terme de «processus de deuil» à la lumière de son approche, que je trouve rassurante et profondément bienveillante.
Christophe Fauré n’associe pas le deuil à l’oubli de la personne aimée ou à « accepter » la situation afin de «passer à autre chose». Il explique que la perte d’un être aimé met en route un mouvement naturel de cicatrisation psychique. Tout comme notre corps sait guérir une plaie physique, notre psychisme possède aussi cette intelligence fondamentale.
Nous explorons de quelle manière nous pouvons accompagner ce processus, d’une façon plus volontaire afin de mettre en place un réseau de soutient qui nous convienne. Enfin, nous aborderons comment l’hypnose peut accompagner le processus de deuil.
Nous verrons comment ce travail permet non pas d’oublier, mais d’intérioriser la relation avec la personne disparue, ce qui amène petit à petit une forme de soulagement et une transformation profonde. Les pistes évoquées ici ne sont en aucun cas des injonctions. Ces explications ont pour vocation d’offrir des clés de compréhension afin de traverser cette épreuve avec plus de lucidité et de douceur.
Cet article est le premier d’une série consacrés au deuil.
La métaphore de la blessure physique
Pour comprendre le processus de deuil, on peut le rapprocher de la blessure physique. Lorsqu’il y a une blessure, une coupure par exemple, le corps met naturellement en place une série de séquences biologiques afin de la cicatriser.
Le deuil est une blessure psychique, une blessure au cœur, une blessure de la perte. Tout comme la blessure physique, le processus de deuil enclenche un mécanisme de cicatrisation psychique. Le corps active ce processus au-delà de notre contrôle conscient. Il cherche à préserver l’intégrité du psychisme.
On peut parler d’une forme de sagesse fondamentale qui sait exactement quoi faire. Elle dispose, tout comme pour une blessure physique, d’une série de séquences qui se mettent en œuvre. Le processus de cicatrisation s’enclenche immédiatement, même si nous n’en avons pas conscience, au-delà de notre volonté et de notre compréhension.
Le processus de deuil est avant tout un processus de cicatrisation
L’objectif de cette intelligence fondamentale est de conserver son intégrité psychique, même si l’on en doute sur le moment et que l’on pense ne pas y arriver. Cela est normal, la souffrance est si grande qu’il semble impossible de s’en sortir au début.
Mais, tout comme pour une blessure physique, le corps « sait », et le processus s’opère. Même si cela paraît impossible, on peut s’abandonner avec confiance dans ce processus psychique de cicatrisation qui nous dépasse complètement. Le deuil se fait, se met en marche au-delà de nous.
Le deuil est un processus universel au niveau psychique qui prend soin de cette blessure extrêmement profonde. Il existe en nous, au-delà de notre volonté, un mécanisme de cicatrisation psychique qui se met en place. C’est un processus indispensable, identique pour tous, qui est déjà là.
Un processus universel, un vécu unique
Bien que le processus de deuil soit le même pour tous, la façon de vivre le deuil est différente pour chaque personne. Elle sera teintée par notre histoire personnelle, nos ressources et/ou nos fragilités présentes, nos croyances et notre capacité à mobiliser des ressources intérieures et extérieures.
Le deuil variera aussi en fonction de la relation entretenue avec la personne décédée, et des circonstances du décès. Même si le processus de deuil est universel, le vécu reste unique d’une personne à l’autre.
Processus de deuil et oubli : une croyance fausse et douloureuse
Le processus de deuil ne signifie absolument pas oublier la personne. Ce qui fait mal, ce n’est pas le processus de deuil, mais la mort de la personne, son absence. Le processus n’est pas intrinsèquement douloureux, au contraire, il est bénéfique et salutaire. C’est une intelligence fondamentale de notre être qui effectue ce travail.
Nous verrons plus loin comment le processus de deuil permet de cheminer, petit à petit, vers un apaisement par l’intériorisation de la relation. Il ne s’agit pas d’oublier, bien au contraire, mais de trouver un apaisement, lentement et douloureusement parfois.
Tout comme une blessure qui a cicatrisé et laisse une marque sensible qui ne fait plus souffrir, le deuil évolue vers une forme d’apaisement, avec une certaine sensibilité qui restera présente à tout jamais.
Le travail de deuil : qu’est ce que c’est ?
Le deuxième aspect du deuil est ce que je peux faire, ce qui est en mon pouvoir pour accompagner la douleur et ce processus naturel. Comment réunir les conditions les plus favorables pour prendre soin, du mieux possible, de cette cicatrisation ?
Ce que je peux mettre en place pour accompagner cette souffrance…
Si l’on reprend la métaphore de la plaie physique, on parle maintenant de qui est en notre pouvoir, en ce qui concerne les gestes conscients qui soutiennent et soulagent le processus naturel déjà en marche. C’est un peu comme lorsque l’on nettoie et désinfecte une plaie, que l’on pose des points de suture ou que l’on applique des pansements pour la protéger. Tout cela peut être inconfortable, et douloureux, mais accompagner ce processus naturel est essentiel pour cicatriser.
loin des injonctions
Je tiens à le répéter, les pistes évoquées ici ne sont en aucun cas des injonctions, mais des propositions destinées à vous aider à trouver ce qui résonne pour vous durant cette épreuve et peut être à le mettre en place. Le travail de deuil est un processus long, et il est fréquent d’avoir l’impression de stagner ou de ne plus pouvoir avancer. Sachez que cela est tout à fait normal.
Il n’y a aucune pression supplémentaire à s’ajouter, ni de culpabilité à ne pas « réussir » quoi que ce soit. Le deuil est cette blessure psychique profonde qui cicatrise à son rythme. Lorsque l’on parle de « travail de deuil », c’est de tout ce que l’on va mettre en place pour prendre soin de cette « plaie intérieure ». Comme pour une plaie physique, on accompagne du mieux possible ce processus psychique qui s’opère au-delà de nous. Le travail de deuil est une façon de se mobiliser pour soutenir ce processus et créer un réseau de soutient stable.
Ce travail de deuil passe par des actions, des soins et/ou des accompagnements que je décide de mettre en place. Cela peut inclure des groupes de parole, des rituels, ou des accompagnements émotionnels, physiques et psychiques. Se créer un réseau de soutient de proches, associatif et de professionnel.le.s, est essentiel pour accompagner le temps long de cette épreuve douloureuse.
Le deuil, un processus d’intériorisation de la relation
On peut comprendre le processus de deuil comme l’intériorisation de la relation avec la personne décédée. Complémentaire au processus de cicatrisation, c’est un autre mécanisme qui se met en place de façon involontaire et qui, parfois, ne se fait pas tout de suite.
Qu’est-ce qu’une relation ?
Si l’on revient à ce qu’est une relation, et d’une façon assez simplifiée, on peux sentir qu’une relation passe par les sens, on voit la personne, on l’entend, on la touche, on la sent… On crée alors une place dans notre vie à cette personne que l’on aime. Cette « place » évolue en fonction de nos rencontres et de nos échanges.
Au coeur de la relation, il y a des sensations physiques, sensorielles et objectives dans le monde extérieur. C’est un monde déterminé par « mes perceptions de toi, mes sensations de toi et les échanges que j’ai avec toi » qui créent la relation.
Lorsqu’il y a un décès, le processus de deuil décrit le long passage d’une relation extérieure, objective et sensoriellement déterminée, à une relation intérieure, subjective et non sensorielle. Par exemple, il n’y a plus le contact avec la peau de son enfant, le son de la voix de son partenaire ou la présence extérieure d’un parent. Cette relation devient intérieure, une présence éternelle de « toi » à « moi ».
Présence intérieure et apaisement
Cette présence éternelle est apaisée et éloignée de la souffrance brute. Cela est parfois difficile à entendre, à comprendre, ou semble impossible, surtout au début du processus. Encore une fois, cela est normal et ce n’est en aucun cas une injonction. C’est une piste pour aller vers cela au fils du temps, à son rythme.
Certaines personnes craignent qu’en arrêtant de souffrir, le lien avec la personne décédée se perde. La souffrance nous fait parfois croire que nous ne sommes en lien qu’à travers ce filtre intense de la perte, du manque et de l’absence. Cette douleur gigantesque nous persuade que le lien ne peut exister que par ce prisme. Or, il est possible de sentir que ce lien avec la personne aimée peut se maintenir sans la souffrance. Du vivant de la personne, le lien n’était pas (ou pas uniquement) un lien de souffrance, c’était un lien d’amour.
C’est un peu comme l’image d’un nuage qui vient recouvrir le soleil. La souffrance est le nuage, et le soleil est l’amour, qui était là et qui est toujours là. Lorsque la souffrance s’estompe après des années parfois, le lien que j’entretiens avec la personne décédée reste un lien d’amour, très fort, avec une puissance particulière. Le processus de deuil, c’est prendre soin de soi pour accompagner cette intériorisation.
Culpabilité et souffrance
Il peut y avoir beaucoup de culpabilité si l’on se sent mieux, si le plaisir revient dans notre vie. On peut se dire « Je n’ai pas le droit de vivre cela. Si je ne souffre plus, alors je ne suis plus en lien avec toi. Et puis, ce plaisir montre au monde que l’amour que j’ai pour toi n’est pas si important… Souffrir, c’est montrer combien je t’aimais. »
Cela peut paraître simpliste présenté ainsi, mais ces affirmations sont parfois vécues et nommées après un long cheminement. Ce sont des croyances profondes qui nous traversent. Ces croyances, bien qu’erronées, peuvent être remises en question tranquillement, doucement, dans sa propre temporalité.
On peut y croire vraiment à un moment donné, et c’est complètement légitime. Puis cela va s’estomper avec le temps pour aller vers des moments plus doux, afin de créer ce lien intérieur, cette relation qui va se pacifier, se continuer et se solidifier au fil du temps.
Le manque et la perte, deux réalités créatrices de souffrance
Los d’un deuil, la souffrance du manque est énorme. La demande lors d’un accompagnement de deuil est souvent d’arrêter d’avoir mal, ou du moins de voir cette souffrance diminuer. La souffrance dans le deuil est liée à la réalité de la perte, à la réalité de la mort. Il y a cette autre réalité, celle que l’on voudrait, celle qui refuse la mort. Elle nous dit : « Je ne veux pas de cette perte. Je ne veux pas de cette disparition. Je ne veux pas que tu sois parti, que tu sois mort, que tu n’existes plus. »
Beaucoup de souffrance se situe dans le décalage entre ces deux réalités, dans l’espace entre ce que l’on voudrait et ce qui est. Parfois, ce que l’on fait dans un processus de deuil, c’est d’accompagner à réduire cet écart.
Accepter ?
Encore une fois, cela ne veut pas dire « accepter » cette réalité. Il y a des décès et des pertes qui sont inacceptables. Cependant, reconnaitre la réalité telle qu’elle est, tout doucement, et cheminer douloureusement vers elle, permet de réduire la souffrance, au fil des années, avec parfois beaucoup de chagrin et de souffrance.
Le manque dans le processus de deuil
Pourtant, nous ne sommes jamais pleinement aligné avec cette réalité. Il reste toujours un petit espace incompressible qui s’inscrit à tout jamais et cet espace, c’est ce que l’on appelle le manque. Le manque de la personne décédée qui persiste à jamais.
Ce manque fait référence à l’extérieur, à ce contact physique : « Tu n’es pas là dans le présent, dans le monde maintenant, tout de suite. » Cela ne fait pas référence au passé. « Même si tu es là dans une relation intérieure, tu n’es pas là dans le monde physique. »
Cette souffrance-là n’est pas le signe que le deuil s’est mal passé. C’est tout à fait normal, que ce manque soit encore là, car il est structurel au processus de deuil. Ce n’est pas une erreur, c’est intrinsèque à ce processus. Il y a une difficulté à s’aligner sur la réalité de la perte, et il ne faut pas s’inquiéter s’il y a de la douleur. C’est normal et ce n’est pas le signe d’un échec dans le processus.
Le deuil et sa temporalité, une transformation durable et un apaisement
Lorsque l’on aborde la temporalité du deuil, il est essentiel de distinguer deux niveaux de réalité.
Une transformation à jamais
Le premier niveau concerne l’impact durable de la perte. Le deuil ne signifie pas un retour à l’état d’avant, mais l’intégration d’une nouvelle réalité. L’incidence de la disparition d’un être aimé nous transforme à jamais. Il restera une empreinte sensible à l’intérieur de soi de cette perte.
Le temps de la souffrance intense
Le deuxième niveau concerne la durée de la souffrance aiguë. Chaque processus de deuil possède sa propre chronologie. Toutefois, on observe qu’au bout d’un certain temps — que ce soit deux, trois, cinq ou dix ans — l’intensité de la douleur commence inévitablement à s’apaiser.
Certaines personnes ont du mal à y croire dans les premiers mois, tant la douleur semble insurmontable. Pourtant, avec le temps, elles constatent qu’un changement s’opère : une forme de paix intérieure s’installe. Bien que cette souffrance reste toujours réactivable, lors de dates anniversaires ou d’événements particuliers, elle est, au fil des années, de moins en moins fréquemment activée et de plus en plus supportable.
Processus de deuil et hypnose
L’hypnose peut être un allié précieux pour soutenir le processus de deuil. La manière d’accompagner varie selon les besoins de chaque personne endeuillée. Elle accompagne le processus naturel du deuil en facilitant parfois la traversée d’émotions difficiles, parfois contradictoires, où chaque émotion peut être accueillie avec bienveillance.
L’hypnose peut être utile afin de développer et de consolider des ressources intérieures dans ces moments de grande vulnérabilité. Cette approche peut également aider à symboliser et explorer comment le lien avec la personne disparue peut se redéfinir. Ce sont des pistes, non exhaustives, et bien évidemment il ne s’agit pas d’appliquer une technique standardisée, mais de co-construire un accompagnement, adapté à son rythme et à son histoire, pour faciliter cette épreuve douloureuse.
En conclusion
vers une nouvelle forme de présence
Le processus de deuil, tel que décrit par Christophe Fauré, ne se résume pas à une période de souffrance à traverser pour « tourner la page ». Il s’agit d’un mouvement vital et intelligent de cicatrisation psychique, comparable à la guérison d’une blessure physique, mais opérant dans la profondeur de notre être.
Des actes volontaires peuvent être mis en place en parallèle de cela, afin de développer, si besoin, un réseau de soutient. Ce que l’on appelle le travail de deuil est d’accompagner, au mieux, cette traversée avec des groupes de parole, des rituels, ou des accompagnements.
Détailler ce processus n’a pas pour but de créer de nouvelles injonctions, mais plutôt pour se rassurer et mettre en place les ressources nécessaire pour l’accompagner avec bienveillance en respectant sa propre temporalité. La souffrance initiale finit, au court du temps, par laisser la place à quelque chose de plus doux, où le manque coexiste avec une forme de paix intérieure. Le deuil nous transforme à jamais. Bien que son empreinte restera sensible, l’intensité de la douleur est appelée à s’apaiser avec le temps.

