Le processus de deuil selon Christophe Fauré – 2

Comprendre le deuil pour le traverser plus sereinement

Dans cet article, je vous propose de poursuivre l’exploration du processus de deuil selon l’approche de Christophe Fauré. Nous aborderons plus en détail la temporalité, l’utilité (ou non) de l’EMDR dans ce contexte, ainsi que la solitude profonde dans laquelle le deuil nous plonge. Dans le prochain article, nous verrons les étapes du deuil telles que conceptualisées par l’auteur.

processus de deuil

Même si cela est parfois difficile à entendre, le deuil n’est pas un chaos sans fin. Selon Christophe Fauré, ce processus psychique est structuré. Je vous invite a lire le premier article sur le sujet. Le deuil nous transforme, et bien que cela soit profondément douloureux, ce processus obéit à une logique intérieure dont les mécanismes peuvent être nommés. Nous aborderons dans cet article plusieurs de ses dimensions afin de mieux comprendre ce qui se passe et afin de peut-être trouver un peu de soulagement.

Tout d’abord, nous verrons la temporalité du deuil. Pourquoi il n’existe pas de durée « normale » ? Comment distinguer l’impact durable de la souffrance aiguë ?

Ensuite, nous explorerons la distinction entre le travail de deuil et les séquelles émotionnelles qui restent. Cela nous amènera à mieux comprendre quand l’EMDR devient un outil utile. Puis, nous parlerons du rôle des rituels et la manière dont ils peuvent soutenir ce chemin douloureux.

Enfin, nous évoquerons cette solitude intrinsèque, souvent particulièrement difficile, pour comprendre qu’elle est quelque part une étape vers l’apaisement.

Je tiens à préciser de nouveau que toutes les pistes évoquées ici ne sont en aucun cas des injonctions ou des vérités pour tous et toutes. Ce sont des propositions, des pistes de réflexions destinées à vous aider à trouver ce qui résonne pour vous durant cette épreuve. Le travail de deuil est un processus long, et il est fréquent d’avoir l’impression de stagner ou de ne plus pouvoir avancer. Sachez que cela est tout à fait normal.

Deuil et temporalité

Comme évoqué dans l’article précédent, il est important de distinguer deux réalités temporelles. Le premier niveau concerne l’impact durable de la perte. Un deuil nous transforme à jamais. Mème si la relation avec le défunt va continuer d’exister, d’une façon plus intériorisée au fils du temps, il restera une empreinte indélébile en nous. Le deuil ne signifie pas un retour à l’état d’avant, mais l’intégration de cette réalité où la personne décédée occupe une place différente.

Le deuxième niveau concerne la durée de la souffrance aiguë. Un décès et le processus de deuil qui l’accompagne possède sa propre chronologie. On observe qu’au bout d’un certain temps, l’intensité de la douleur commence à s’apaiser. Bien que cette souffrance reste toujours réactivable, lors de dates anniversaires ou d’événements particuliers, elle est, au fil des années, de plus en plus supportable.

Une temporalité variable

La temporalité du processus de deuil est étroitement liée à l’histoire de la relation, à la nature du décès et à la personne endeuillée.

Lorsqu’il s’agit d’un deuil suite à une longue maladie ou d’un accompagnement de fin de vie, une dimension intérieure a pu commencer à se mettre en place. On peut parler, par exemple, de la dimension du combat face à la maladie ou de l’accompagnement de la douleur.
Dans ces cas, la possibilité de la mort est déjà présente. Sans même en avoir conscience, des mécanismes de protection se mettent en place au cas où la mort surviendrait. Ce cheminement intérieur inconscient s’opère à un niveau profond de notre être.

Dans le cas d’une mort brutale et subite, sans anticipation, ces mécanismes de protection ne sont pas activés. Cela peut engendrer un deuil parfois plus long, car il n’y a eu ni anticipation, ni préparation intérieure.
La violence de l’événement et les conséquences de cette brutalité peuvent venir parasiter le processus de deuil. Nous détaillerons cela dans la suite de cet article.

Deuil et séquelles émotionnelles

Lors d’un décès, le cerveau enclenche un mécanisme de métabolisation. On peut dire qu’il « digère » progressivement l’ensemble des événements, la souffrance comme les souvenirs doux, sur un temps plus ou moins long. Dire que le cerveau métabolise les événements signifie qu’ils se transforment en souvenirs. Il reste certes un souvenir, parfois douloureux ou violent, mais l’événement est désormais intégré au passé.

Parfois, on ressent comme un blocage, une sorte de « bug » cognitif. L’événement reste figé dans l’esprit, générant des pensées intrusives, des émotions brutes non digérées ou des cauchemars à répétition. Il est tout à fait normal de ressentir des images intrusives durant les deux ou trois mois suivants une perte brutale. En revanche, si ces images persistent au-delà de cette période et que vous vous sentez bloqué, des séquelles émotionnelles peuvent être présentes.

Ces séquelles peuvent ralentir, voire freiner le processus de deuil, sans toutefois le bloquer. Ce scénario n’est pas systématique lors d’un événement brutal. Le cerveau parvient parfois à métaboliser l’événement à 100 %, même en cas de circonstances choquantes. Dans ce cas, le recours à l’EMDR n’est pas nécessaire.

L’utilité (ou non) de l’EMDR dans un processus de deuil

L’EMDR permet d’accompagner et de finaliser la métabolisation d’événements passés difficiles pour une intégration pleine et entière. C’est l’acronyme de Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Si un événement brutal a eu lieu mais qu’aucune séquelle émotionnelle ne subsiste, l’EMDR n’aura aucun effet notable.

Cette approche est donc proposée lorsqu’il y a des séquelles émotionnelles, parfois appelées post-traumatiques. Cela permet ensuite de reprendre le cheminement du deuil, qui reste intrinsèquement douloureux. Il est important de comprendre que l’EMDR n’adoucit pas le processus de deuil. Il accompagne spécifiquement les séquelles émotionnelles parfois présentes.

deuil et accompagnement

Processus de deuil et apaisement

Beaucoup de personnes pensent ne pas pouvoir s’en sortir, ne pas pouvoir arriver à traverser la douleur d’un deuil. Pourtant, l’expérience montre le contraire, même celles qui n’y croyaient pas au début parviennent à traverser cette épreuve. Mais « s’en sortir », qu’est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire retrouver une forme d’apaisement intérieur, ou du moins, tendre vers cet état. Le processus de deuil crée progressivement les conditions nécessaires pour prendre soin de soi, de son corps et de sa santé globale. Ce cheminement requiert une action consciente et des décisions sur le long terme.

Ce que je peux mettre en place pour accompagner cette souffrance

Même si il y a une peine immense, il s’agit de chercher des moyens d’accompagner ce travail intérieur. Ces actions permettent, au fil du temps, d’accueillir une transformation profonde et d’établir un lien durable et serein avec la personne décédée.

Le deuil est une épreuve non choisie. En revanche, nous avons le choix des moyens mis en œuvre pour accompagner ce moment pour tendre, au fur et à mesure, sur un temps long, vers l’apaisement. Quelles actions ont du sens pour vous ? Quel accompagnement vous semble juste et utile ? Les réponses à ces questions sont profondément personnelles et intimes.

Il ne s’agit jamais d’oubli, mais d’une transformation pour honorer cette mémoire.

Enfin, on peux se poser la question de l’avenir. Comment porter la mémoire de la personne défunte ? Comment intégrer son empreinte dans votre vie ? Qui devenez-vous dans le monde pour honorer sa présence, de manière explicite ou implicite ? Ce sont de véritables choix de vie. Il ne s’agit jamais d’oubli, mais d’une transformation pour honorer cette mémoire.

Je tiens à le répéter, les pistes évoquées ici ne sont en aucun cas des injonctions, mais des propositions destinées à vous aider à trouver ce qui résonne pour vous durant cette épreuve et peut être à le mettre en place. Il n’y a aucune pression supplémentaire à s’ajouter, ni de culpabilité à ne pas « réussir » quoi que ce soit. Le deuil est cette blessure psychique profonde qui cicatrise à son rythme.

Le deuil, la perte et les rituels

La relation intérieure que l’on tisse peu à peu avec la personne disparue devient comme un arrière-plan permanent de notre vie. C’est comme si sa présence restait toujours là, même lorsque notre attention est ailleurs. Penser à autre chose ne signifie pas oublier. Se dire « je dois penser sans cesse à toi, sinon je vais t’oublier » est souvent une réaction du début du processus de deuil. C’est une manière de rester en lien par nécessité, car nous ne savons pas encore faire autrement. Et cela est tout à fait normal.

L’expérience de la perte

L’expérience de la perte est aussi celle d’une perte de sa concentration, de son incapacité à penser clairement ou de se projeter. On peut comprendre le travail de deuil comme la restauration d’une liberté d’exister au monde. Cette liberté se reconstruit sur la base d’une sécurité intérieure, de la certitude que la personne décédée continue d’occuper une place dans notre vie. C’est retrouver la liberté de regarder ailleurs, avec l’assurance profonde que l’on n’oublie pas.

C’est retrouver la liberté de regarder ailleurs, avec l’assurance profonde que l’on n’oublie pas.

De nombreux rituels de deuil peuvent être mis en place pour accompagner ce cheminement. Par exemple, regarder des photos, se rendre au cimetière, conserver des objets personnels. Ces rituels peuvent être profondément structurants si ils n’ont pas d’incidence néfaste sur le fonctionnement quotidien ou celui de sa famille.

En revanche, si un rituel devient envahissant, perturbe sa vie ou empêche d’agir, c’est souvent le signe qu’un blocage existe. Il est alors important de distinguer ce qui relève du deuil de ce qui pourrait indiquer une difficulté sous-jacente. Tout ne doit pas être automatiquement attribué au deuil.

Parfois, cela renvoie à l’histoire personnelle de la personne endeuillée, à ce qui l’a constitué avant cette perte. Cela peut être un appel à explorer d’autres blessures ou dynamiques intérieures, nécessitant parfois un accompagnement spécifique.

deuil et cheminement

La solitude intrinsèque du processus de deuil

Le deuil est un chemin fondamentalement solitaire. Même s’il existe une dimension familiale ou collective, le processus de deuil nous ramène inévitablement au centre de nous-mêmes. Il nous confronte au cœur de notre être, traversé par notre propre peine. Face à cette solitude fondamentale, on peut se sentir détaché de l’extérieur. Le monde environnant perd de son importance, voire semble devenir inexistant. Cette indifférence apparente est normale, la souffrance nous replie sur notre sphère intérieure pour nous permettre de digérer la perte.

Une solitude ressentie même en couple

Lorsque l’on est en couple et que les deux partenaires vivent un deuil, une sensation de distance ou d’incompréhension peut émerger. Même dans l’amour et le soutien mutuel, cet écart est normal. C’est une distance incompressible, chacun possède son propre fonctionnement et sa manière unique de vivre le deuil.

Il ne s’agit pas de supprimer cette distance, mais de tenter de se demander : « Quel chemin puis-je faire pour aller vers toi et comprendre ta manière de traverser cette souffrance ? » et/ou « Comment pouvons-nous combiner nos différences pour nous soutenir au mieux dans cette épreuve ? ».

Accepter la dimension de solitude profonde ?

Le deuil nous expose à la réalité d’une profonde solitude. Aucune fusion n’est possible pour ressentir la peine de l’autre à sa place. Il existe toujours un espace entre sa solitude et la mienne. Même dans les couples les plus unis ou les familles les plus soudées, cette distance subsiste.

Ignorer cela peut générer de la souffrance. « Comment ceux que j’aime le plus peuvent-ils être si loin de moi alors que je traverse une des épreuve la plus terrible de mon existence ? ». Il est essentiel de savoir que ce sentiment d’isolement est normal, même s’il peut effrayer. Progressivement, au fil du travail de deuil, le lien avec l’extérieur se rétablira.

Apprivoiser la solitude…

Parfois, la peur, voire la terreur, d’habiter cette solitude profonde peut envahir la personne endeuillée. Il devient alors crucial de reconstruire du lien avec les autres à travers le réconfort, la tendresse et une écoute bienveillante.

C’est souvent le moment de se demander, est-ce que rejoindre un groupe de parole, participer aux rencontres d’une association ou entreprendre un suivi thérapeutique aurait du sens pour soi ? Ces ressources peuvent accompagner et soutenir activement le cheminement dans cette épreuve douloureuse.

… et se reconstruire

À l’inverse, il peut être tout aussi essentiel de se ménager des temps de solitude choisie. Ce sont des moments privilégiés pour élaborer, petit à petit et au fil des mois, ce lien intérieur avec la personne décédée. Cet espace rejoint souvent une dimension plus spirituelle, où l’on construit progressivement de nouveaux repères de sens et où se tisse un lien avec la personne décédée. Cette solitude structurelle fait partie intégrante de l’expérience du deuil. L’accepter soulage beaucoup parfois et permet également de trouver des pistes sur la façon de s’accompagner sur ce chemin.

Dans notre société, une souffrance secondaire s’ajoute souvent au deuil, née d’une méconnaissance de son processus. Le deuil n’est pas un état fixe, mais un cheminement. Une reconstruction intérieure s’opère au cours de ce processus. Bien que lent et douloureux, ce cheminement permet d’intégrer la présence intérieure de la personne perdue. Cette intégration nous transforme durablement, marquant le passage d’une absence subie à une présence intériorisée.

deuil et hypnose

Processus de deuil et hypnose

L’hypnose peut être un allié précieux pour soutenir le processus de deuil. La manière d’accompagner varie selon les besoins de chaque personne endeuillée. Elle accompagne le processus de deuil en facilitant parfois la traversée d’émotions difficiles, parfois contradictoires, où chaque émotion peut être accueillie avec bienveillance.

L’hypnose peut être utile afin de développer et de consolider des ressources intérieures dans ces moments de grande vulnérabilité. Cette approche peut également aider à symboliser et explorer comment le lien avec la personne disparue peut se redéfinir.

Ce sont des pistes, non exhaustives, et bien évidemment il ne s’agit pas d’appliquer une technique standardisée, mais de co-construire un accompagnement, adapté à son rythme et à son histoire, pour faciliter cette épreuve douloureuse.

Pour conclure

Le processus de deuil, tel que conceptualisé par Christophe Fauré, est un cheminement qui ne suit ni une ligne droite faite d’étapes à suivre, ni de calendrier imposé. Comme nous l’avons exploré, il s’articule autour d’une temporalité variable, où la souffrance aiguë laisse progressivement place à un apaisement, sans jamais effacer l’empreinte indélébile de la personne aimée.

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